»Rêver avec tous les sens. La perception sensorielle dans les représentations esthétiques du rêve«

Congrès international du DFG-Graduiertenkolleg »Cultures européennes du rêve« (GRK 2021)

 

Du 10 au 12 février 2020 à Villa Europa, Sarrebruck (Allemagne)

En 1903, l’écrivaine sourde et aveugle Hellen Keller écrit dans ses mémoires : « In my dreams I have sensations, odours, tastes, and ideas which I do not remember to have had in reality ». En effet, le rêve n’est pas réductible à ses dimensions visuelle et verbale, mais inclut d’autres formes de la perception et de l’expérience : Nous rêvons avec tous nos sens, les recherches neuroscientifiques le confirment (Bulkeley 2009, Schredl 2008). Bien avant toute tentative psychanalytique, herméneutique ou scientifique de lui attribuer des significations ou des fonctions précises, le rêve représente une expérience corporelle primaire : de l’apesanteur que l’on ressent lors de l’envol à l’expérience de la paralysie, de l’excitation érotique aux impulsions corporelles de la colère ou de la peur – le rêve fait directement vivre une dimension charnelle et sensorielle.

 

De son côté, la perception sensorielle représente un domaine fructueux pour la création artistique. Des allégories des cinq sens de la peinture flamande du XVIIe siècle au concert de clarinette D’om le vrai sens (2011) de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho, des tapisseries La Dame à la licorne (XVIe siècle) au drame de science-fiction Perfect Sense (SE/UK/DK 2011) de David Mackenzie, en passant par le film épisodique The Five Senses (CAN 1999) de Jerey Podeswas, les cinq sens deviennent souvent eux-mêmes l’objet des représentations esthétiques. Les expériences synesthétiques – de l’idée de l’œuvre totale de Richard Wagner à Wassily Kandinsky et à l’installation artistique – constituent une autre dimension qui permet aux arts d’étendre les limites sensorielles et médiales. Enfin, le philosophe Otto Friedrich Bollnow émet l’hypothèse que c’est seulement par le biais de l’art que nos sens deviennent « des sens humains au sens propre », ce qui attribue une fonction pédagogique et même politique à l’interdépendance des artéfacts esthétiques et de la perception sensorielle (Bollnow 1988 : 31).

 

Malgré l’ancrage commun du rêve et de l’esthétique dans l’expérience charnelle et dans la perception sensorielle, la recherche sur ce sujet est peu avancée. Certaines disciplines, comme les sciences cinématographiques d’orientation phénoménologique (Barker 2009, Casetti 2008) ou des approches interdisciplinaires, telles que la soma-esthétique (Shusterman 2005 u. 2012), ont tenté récemment d’étudier le lien entre des artefacts esthétiques et leur dimension charnelle. Le DFG-Graduiertenkolleg « Cultures européennes du rêve » (GRK 2021) s’est confronté en mars 2018 au rêve comme expérience limite aux confins de la vie ; il a consacré un ouvrage collectif aux expériences oniriques qui abordent la naissance et la mort en littérature, art, musique et film (Bertola/Solte-Gresser 2019). Ce colloque se conçoit comme suite des problématiques discutées dans cet ouvrage, d’une part en étendant le spectre thématique à toutes les formes de la perception dans le rêve, d’autre part en se concentrant sur les spécificités de la mise en scène esthétique de telles expériences : des contributions qui étudient la présence, les mécanismes de représentation et les fonctions de la perception sensorielle dans différentes représentations oniriques seront les bienvenues. L’orientation du colloque est, en accord avec le concept des « cultures européennes du rêve » (Oster/Reinstädler 2017), interdisciplinaire, transmédiale et transséculaire.